Recyclage textile : la mode a-t-elle vraiment trouvé la parade à la fast fashion ?
Portées aux nues ces dernières années , les politiques des entreprises sur la responsabilité sociétale des entreprises ont connu un vaste coup de frein. La faute à un contexte politique, économique et géopolitique international toujours plus tendu. Qu'il paraît lointain le temps où les grands patrons rivalisaient de promesses pour lutter contre le changement climatique, que les Comex se dotaient de "responsables RSE", que les cabinets de conseils spécialisés en la matière pullulaient et que les grandes nations rivalisaient de textes réglementaires ambitieux. Pour autant, coup de frein ne veut pas dire coup d'arrêt et les graines plantées ont germé : rares sont les entreprises qui ont définitivement arrêté leurs programmes de durabilité. Disons que les discours sur la RSE - aux tonalités souvent morales voire trop prescriptives -, se veulent aujourd'hui plus discrets. Côté actions, après la phase des mesures et des bilans (carbone), vient celle de la mise en place des bonnes pratiques, selon les secteurs d'activité comme la construction, l'automobile ou l'habillage (voir ci-dessous). Autant d'initiatives qui montrent que la transformation, inéluctable est bien en marche. Cet été, tout particulièrement, les preuves tangibles du réchauffement climatique (incendies, canicules) ont montré qu'il n'existe pas d'autre option pour les acteurs de l'économie que celle de l'adaptation. Polyester, coton, nylons recyclés ? Sur les étiquettes et dans les campagnes de communication, les grandes enseignes multiplient les matières présentées comme plus responsables. Patagonia fait figure de pionnier : dès 1993, la marque proposait ses premières polaires en polyester valorisées, issu de bouteilles PET, et affiche aujourd'hui une gamme complète. En 2014, H&M lançait sa collection Close the Loop, avec 20 % de fibres réutilisées, avant de s'engager en 2024 à investir 600 millions de dollars sur sept ans dans le polyester recyclé, en partenariat avec la start-up Circ. La société Inditex (Zara) s'est engagée à ce que 25 % de ses fibres proviennent de matières "nouvelle génération" d'ici à 2030. Adidas et Nike ont, de leur côté, largement intégré ce type de fibres dans leurs gammes courantes de vêtements ainsi que dans leurs chaussures, en misant surtout sur du polyester issu de bouteilles plastiques. Enfin, le groupe Fast Retailing s’est fixé un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, notamment avec le programme RE : Uniqlo, qui permet de collecter, réparer, réutiliser, donner ou recycler les vêtements usagés et vise ainsi à prolonger la durée de vie des vêtements et à réduire les déchets textiles. Un leurre incitant à la surconsommation Mais derrière l’étiquette, difficile parfois de mesurer la sincérité de la démarche. " Recycler du polyester, c’est refaire du plastique , donc recréer de la matière, ce qui est très énergivore", tranche Yann Rivoallan, président de la Fédération Française de Prêt-à-Porter Féminin pour qui ces actions n’induisent pas de plus-value environnementale et se résument à du greenwashing. Il y voit même, au mieux un leurre incitant à la surconsommation ou, au pire, une forme d’arnaque qui vise à détruire du plastique pour le revendre comme recyclé. Des solutions vertueuses existent pourtant mais pèsent trop peu sur l’ensemble du marché. A l’instar du recyclage fibre à fibre qui consiste à transformer un vêtement usagé, soit mécaniquement, soit chimiquement en textile neuf de même nature, sans passer par une matière extérieure comme le plastique. Mais il concerne désormais moins de 1 % des fibres produites dans le monde. Le surcyclage, le procédé le plus acceptable Aujourd’hui, le procédé le plus acceptable prôné par Yann Rivoallan, reste - et c’est du bon sens -, à utiliser un vêtement, un tissu ou une chute de production déjà existants pour créer en une pièce nouvelle sans détruire la matière. Appelé surcyclage (ou upcycling en anglais), il est la spécialité d’une poignée d’entreprises en France. Comme Losanje, fondée en 2020 par Mathieu Khouri et Simon Peyronnaud qui accompagne les acteurs du marché souhaitant se lancer dans cette démarche. Installée à Nevers, Losanje a mis en place une ligne robotisée de déconstruction et de découpe. "Le fait d’assembler des morceaux de tissu est une méthode de revalorisation directe, explique Simon Peyronnaud. Chutes, invendus ou pièces vintages deviennent ainsi des créations uniques, sans nouvelle extraction de matière première ni étape industrielle lourde de transformation." Après les acteurs publics, comme SNCF ou La Poste, les marques Bonobo, Faguo ou Asphalte ont choisi de faire appel à Losanje afin de participer à cette économie circulaire. Pour son fondateur, cette démarche écoresponsable apparaît comme une alternative concrète à la fast fashion et une vraie mission de société : "Environ 95 % des textiles triés partent encore à l’export, faute de débouchés locaux organisés. Il faut trouver de nouveaux flux différents des centres de tri, qui envoient majoritairement à la destruction." A ce jour, la petite société nivernaise représente de 5 ou 6 % du marché de la mode écologique. Toujours une goutte d’eau dans l’univers du textile, mais qui a le mérite de tracer une direction en faveur d’une industrie qui doit apprendre à produire moins et à valoriser davantage ce qui existe déjà.
















































































