L'expressGuerre en Ukraine : ce que Kiev peut apprendre à l’Europe, par Eric Chol
C’est un homme aux traits tirés et au visage marqué qui est apparu en visio, ce 27 octobre à 16h25, lorsque nous avons réalisé ce nouvel entretien avec Volodymyr Zelensky. Mais la discussion à peine entamée, lui en pull militaire noir, dans son bureau présidentiel à Kiev, nous depuis la même salle de rédaction où nous avions réalisé une première interview en août 2022 , nous retrouvons chez le président ukrainien une détermination identique et toujours cette volonté farouche de défendre son pays, mais aussi d’ alerter l’Europe sur la menace russe. Cette fois-ci, Volodymyr Zelensky s’est montré encore plus explicite : conscient de l’enjeu du prochain scrutin présidentiel français, et du risque, en cas de victoire de Marine Le Pen , de voir la France renoncer à aider son pays, il invite la cheffe de file du RN à se rendre à Kiev. "Qu’elle vienne, qu’elle voit notre population, qu’elle déambule, qu’elle interroge ceux qu’elle croise, comment les gens vivent, ce qu’ils pensent de Poutine. Je pense qu’elle changera sa position", espère l’ennemi numéro un du président russe.
Invitation transmise. Si Marine Le Pen se rend en Ukraine , elle découvrira un pays en guerre, agressé depuis presque cinq ans. Un pays usé par les combats, mutilé dans ses villes, son sol, ses rues, ses centrales énergétiques. Dans sa chair. Un pays fatigué moralement et physiquement par les bombardements russes jour et nuit. Un pays asphyxié. Un pays où la mort rôde partout. Mais un pays encore debout, malgré tout. Malgré Poutine. Malgré Trump. Malgré tous les défaitistes. Non seulement l’Ukraine est toujours là, mais elle a désormais des choses à apprendre aux Européens, nous dit avec fierté son premier représentant.
En proie au doute, minée par le populisme, l’Europe ferait bien d’écouter ces leçons ukrainiennes. Celles-ci se racontent, elles se perçoivent aussi dans les formidables clichés de Guillaume Herbaut (1), lauréat du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière de l’Académie des beaux-arts (2024). "C’est un peuple qui a appris à résister depuis toujours", reconnaît le Français qui se rend chaque année en Ukraine depuis 2001. Qu’elles montrent des clients d’un marché de Kharkiv se réfugiant dans le métro pour échapper à un bombardement, une voie rapide recouverte de filets antidrones, ou des enfants traumatisés par la guerre flottant dans une piscine, ses photos disent cette résistance au quotidien. "La force du peuple ukrainien vient de son sens de l’adaptation à toutes les situations, de sa solidarité incroyable, et de sa capacité à prendre des décisions très rapidement", résume le photographe. Alors oui, l’Ukraine agit comme un véritable laboratoire pour l’Europe. Gestion des drones , réparation des corps, mais aussi de cette idée de ne jamais rien lâcher, les Européens ont encore beaucoup à apprendre de cette Ukraine, si proche de nous, si résistante.
(1) L’Académie des beaux-arts accueille jusqu’au 29 novembre 2026, l’exposition "Ukraine, le mal qui reste" de Guillaume Herbaut.